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04/10/2011

Les sportifs sont-ils devenus de dangereux gauchistes ?

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"Je n'aimerais pas aller jusqu'à la grève, parce qu'en tant que joueur, ce qui me plaît justement, c'est jouer. Mais il faut qu'il se passe quelque chose (…) Et comme l'ITF (la fédération internationale) ne veut rien entendre, il semblerait que la seule façon de faire bouger les choses soit d'employer la manière forte."

 (Rafael Nadal)

Préavis de grève sur les courts. Après les Bleus de Knysna en 2010 ou les joueurs de Liga et de Serie A en août dernier, le cortège des sportifs en colère pourrait être bientôt rejoint par les tennismans. Nadal, Djokovic, Murray et les autres protestent contre la cadence infernale qui leur est imposée sur le circuit international. "Nous voulons juste que certaines choses changent. Qu'il y ait un tout petit peu moins de tournois chaque année, soit deux à trois semaines de moins", explique Andy le Rouge. Plutôt étonnant, non? En tout cas si l’on s’en tient à la vision répandue du sportif comme un beauf de droite individualiste et près de ses sous. Pour aller un peu plus loin, Zone mixte a demandé des explications à Boris Helleu, spécialiste de l’économie et du marketing du sport professionnel, et coresponsable du master 2 "Management du sport" à l’université de Caen (@bhelleu sur Twitter). Interview.


De Knysna aux courts de tennis, les grèves se multiplient dans le monde du sport. Serait-il devenu un repère de dangereux révolutionnaires?

Non, simplement, les sportifs demeurent des salariés qui, comme les autres, restent attentifs à la protection de leurs acquis, à leur rémunération et à leurs conditions de travail. On considère à tort les sportifs professionnels et surtout les footballeurs comme trop payés, nantis, sinon même parvenus et imposteurs, qui en plus ont l’indécence de se plaindre lorsque les "vrais gens" souffrent de la crise. Je remarque d’ailleurs que les joueurs de l’équipe de France en Afrique du Sud ont été qualifiés de grévistes, mais aussi de mutins, de frondeurs, de boycotteurs, de putschistes, de caïds et de meneurs pour certains: un arsenal lexical varié qui montre bien la difficulté de cerner le propre de l’épisode du bus. La réalité, c’est que les sportifs sont aussi engagés dans un rapport salarié/employeur et à ce titre, c’est naturel qu’ils soient attentifs à la part du gâteau qu’il leur revient même si ici, le gâteau est plus copieux que dans d’autres secteurs.

Quels points communs voyez-vous entre ces appels à la grève?

Tous ces mouvements ont en commun d’être des mobilisations collectives ayant recours à la cessation d’activité à des fins de protestation ou de revendication. Cela dit, ils diffèrent largement dans leur finalité: contestation, amélioration des conditions de travail, sécurisation du versement des salaires… Concrètement, les tennismans ne sont pas dans la même logique que les joueurs de foot.

La simultanéité de tous ces mouvements ne peut tout de même pas être une coïncidence…

Il y a deux choses. D’abord, le timing. Les conflits qui ont eu lieu dans les championnats de foot sont survenus à la fin de la trêve estivale car l’option d’une non-reprise du championnat fait planer une double menace: provoquer le mécontentement des fans et ne pas réaliser de gains. C’est donc un moyen d’accélérer les négociations. Dans le tennis, la colère est, elle, conditionnée par les couacs à l’US Open. Maintenant, si ces mouvements sont aussi nombreux, c’est quils s’inscrivent dans une période marquée d’une part par un vent de colère, de contestation, de soulèvement et d’autre part par la crise économique, qui même pour quelques sportifs professionnels, laisse planer une incertitude sur la capacité réelle des clubs à assumer les salaires. Attention, je ne fais pas de raccourci hâtif en mettant sur le même plan le mouvement des indignés et les grèves de footballeurs. Je dis simplement que l’air du temps rend possible les mouvements de protestation de sportifs professionnels. A un degré moindre, la crise touche les sportifs. Songez par exemple aux skippers en difficulté pour trouver un sponsor. Le discours de revendications de personnalités considérées comme préservées de la crise est plus audible dans un contexte général de protestation.

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Peut-on les rapprocher du lock-out qu’a connu la NFL au printemps et de celui que connaît actuellement la NBA?

Il s’agit de conflits sociaux mais, dans le détail, les similitudes de part et d’autre de l’Atlantique s’arrêtent là. Aux Etats-Unis, les mouvements qui ont affecté la NFL et touchent maintenant la NBA sont communs. Depuis le début des années 1970, une quinzaine de conflits ont marqué les quatre ligues majeures. Pour des raisons historiques et qui tiennent aussi au modèle économique des ligues fermées, le dialogue social dans les ligues américaines est plus organisé et bien plus vindicatif car il a une incidence directe sur les grilles des salaires et les perspectives d’évolution des joueurs. D’ailleurs, précisons que les joueurs NBA ne sont pas en grève. Le lock-out est une cessation de l’activité à l’initiative des propriétaires d’équipe. Et puis récemment, en Italie et en Espagne, le championnat n’a pas été amputé de nombreux matchs. Souvenez vous que le dernier lock-out en NHL a abouti à l’annulation complète de la saison 2004-2005. Pour la première fois depuis 1919, année marquée par une épidémie de grippe espagnole, la Coupe Stanley n’a pas été remise. En NBA, en 1999, un lock-out de 191 jours a amputé la saison d’un bon tiers.

Quelle place accordez-vous à ces mouvements dans l’histoire du sport professionnel? Les analysez-vous en termes de rupture ou de continuité?

Il est plus pertinent d’envisager cela en termes de continuité. A vrai dire, le syndicalisme sportif est déjà ancien et nul besoin pour cela de remonter jusqu’à Spartacus. Les joueurs des ligues majeures américaines s’organisent dans les années 1950. En France, c’est en 1961 qu’est créée l’UNFP, le syndicat des footballeurs. En fait, dès l’émergence du sport-spectacle, s’est posé le problème du contrôle des coûts pour les propriétaires d’équipe et celui de la rémunération et de la liberté de déplacement pour les joueurs. Songez qu’en 1876, lorsque la National League (baseball) débute son activité, les athlètes peuvent s’engager pour un an avec un club et négocier à tout moment un nouveau contrat avec une autre équipe, y compris durant la saison. Les propriétaires doivent s’aligner sur les prétentions salariales des stars pour les conserver. En 1880, ils s’entendent alors pour dicter une liste de joueurs "réservés". Durant la période des transferts, aucune équipe n’a le droit de négocier avec ces joueurs protégés. En conséquence, les propriétaires ont un droit exclusif sur les joueurs, qui peuvent ainsi demeurer la totalité de leur carrière dans le même club à moindre coût. En France, c’est la même raison qui a incité les joueurs à s’organiser au début des années 1960: ils étaient liés à leur club jusqu’à 35 ans, autant dire toute leur vie sportive. Pour les athlètes professionnels donc, de par le monde, de tout temps, il s’agit de lever les contraintes opérant sur le marché du travail: déplafonner les salaires et favoriser la concurrence inter-clubs, qui leur est favorable. 

L’intensité du vent de colère qui secoue le monde du sport actuellement est-elle sans précédent?

Non. Dans le foot, la fin des années 1960 et le début des années 1970 en France sont marqués par des mouvements bien plus appuyés, à la rhétorique quasi-révolutionnaire. 1968 voit émarger le slogan "Le football aux footballeurs". Une centaine d’entre eux investissent les locaux de la FFF et dénoncent les pontifes, les exploiteurs et les patrons esclavagistes. Ils obtiennent la mise en place du contrat à temps qui ne les lie plus à vie à leur club. En 1972, à l’occasion d’un débat sur les termes du statut professionnel, une AG est convoquée en novembre à Versailles. Les joueurs lyonnais qui s’y rendent subissent les représailles du club, qui les envoie en réserve et engendre un mouvement de grève des joueurs. Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc pas nouveau.

Les sportifs sont-ils capables d’exprimer autre chose que des revendications corporatistes? On pense notamment aux supporters caennais, dont le mouvement de protestation contre la direction du Stade Malherbe semble désintéresser complètement les joueurs du club

Je ne crois pas que les joueurs caennais soient désintéressés du sentiment de ras-le-bol qu’éprouve le MNK96. Les réticences exprimées résultent plutôt d’un manque de dialogue entre les dirigeants du club, les supporters et les joueurs. De manière plus globale, les prises de positions individuelles, sinon même les engagements politiques, existent bel et bien dans le sport. Pour rester à Caen, Cyrille Watier –joueur emblématique et meilleur buteur de l’histoire du SMC– avait dévoilé un T-shirt de soutien au mouvement des intermittents du spectacle à l’occasion d’un but. Le geste est finalement le même que le soutien exprimé par Robbie Fowler aux dockers de Liverpool. Actuellement, Nicolas Seube, capitaine adoré du public, a grandi dans une famille communiste. En 2008, il s’est clairement engagé en soutien de Philippe Duron, candidat PS à la mairie de Caen. Enfin, les prises de position de l’UNFP dépassent à l’occasion le reflexe corporatiste de défense d’intérêts salariaux. Par exemple, en 2008, le syndicat des joueurs s’est engagé au côté des autres familles du football contre les propriétaires de clubs, accusés de vouloir s’approprier le conseil d’administration de la LFP. A cette occasion, certains joueurs, comme Steve Savidan par exemple, ont émis des craintes sur les dérives du foot-business.

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Sur les syndicats justement. Récemment, Andy Roddick a dit que le tennis était le seul sport majeur à en être dénué et que cela nuisait à l’expression des griefs des joueurs. Partagez-vous sa vision des choses? Quel rôle joue précisément ces syndicats?

Le tennis est un cas particulier car il s’agit d’un sport individuel. La rémunération est indexée sur les résultats sportifs. Il existe une forme de mérite qui rend inopérante les revendications sur la rémunération. En revanche, les joueuses et joueurs peuvent revendiquer de meilleures conditions de travail caractérisées par un planning chargé et des déplacements incessants. Maintenant, si les mouvements de grève sont les plus visibles, le syndicalisme sportif est avant tout un syndicalisme d’accompagnement. Derrière les stars bien rémunérées et assurant une carrière assez longue, il existe un bataillon de joueurs moins bien payés, parfois peu formés et ne parvenant pas à s’imposer. Il faut alors assurer la reconversion, la formation, trouver des clubs aux chômeurs. C’est le rôle des syndicats. Pour reprendre l’exemple du foot, l’exercice du doit syndical est reconnu dans la charte du football. Comme les autres travailleurs, les footballeurs ont la liberté de s’organiser pour la défense collective de leurs droits et intérêts.

Ce type de débrayage change-t-il quelque chose au rapport de forces entre les différents acteurs du monde professionnel?

Il fait surtout intervenir un troisième acteur: le public. Implicitement, ce sont les fans qui sont pris à témoin pour que le dialogue social aboutisse avant d’écourter une compétition. Les fans renvoient généralement joueurs et propriétaires dos à dos, considérant les premiers comme déjà bien payés et les seconds comme avares. Cela dit, en France, je ne crois pas avoir déjà entendu que "les supporters sont pris en otage par les joueurs"! Quant au rapport de forces, tout dépend du contexte et du pays. Les clubs de football espagnol ont été affaiblis par la crise et leur mauvaise gestion, y compris dans leur gestion des conflits. En Ligue 1, à l’inverse, si les menaces de grève ne se sont jamais concrétisées, c’est que les conditions et les structures d’un dialogue social, même tendu, existent, ce qui est plutôt sain.

La grève comme mode d’action peut-elle se généraliser? Peut-on imaginer un effet de contagion ou d’imitation à d’autres disciplines?

La grève, c’est le mode d’action évident lorsque les négociations n’ont pu aboutir. Et cela vaut pour tout le monde. Il faut préciser que les conflits avec recours à une mobilisation collective ne sont pas circonscrits au couple joueurs/propriétaires. Les arbitres –c’est le cas actuellement dans le basket français– comme les supporters dénonçant les dérives mercantiles du foot-business ont aussi recours à une forme de cessation d’activité plus ou moins longue. Enfin, s’il faut envisager des secteurs en danger, je dirais que dans un contexte de crise économique, les équipes évoluant dans les divisions inférieures, les ligues ou sports à moindre notoriété, et plus largement les pays financièrement en difficulté, sont susceptibles d’être touchées. Ça a été le cas du basket grec ou encore du club de football de Gueugnon où les joueurs, lassés des retards de salaires, ont cessé leur activité. Or, étant donné la situation économique, je ne vois pas pourquoi d’autres ne suivraient pas.

Propos recueillis par Nicolas Beunaiche

14:54 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : football, basket, tennis, grève, syndicats, nba, nfl, lock-out Partager cet article avec:

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Commentaires

"On considère à tort les sportifs professionnels et surtout les footballeurs comme trop payés"
Qu'est-ce qu'il faut pas entendre... enfin lire !

Écrit par : Sacha | 05/10/2011

Contenu du budget miserable du psg,vous vous attendiez a quoi?On a beau dire ceci,cela mais avec tout les petro dollars que dispose le desormais le psg,on a prouvé qu'il était encore possible de faire un recrutement ridicule,parce que je préfère avoir bourillon,que Lugano dans ma defense.Au moins on aurais un titre.

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possible de faire un recrutement ridicule,parce que je préfère avoir bourillon,que Lugano dans ma defense.Au moins on aurais un titre.

Écrit par : kata kata cinta dalam bahasa inggris | 26/04/2014

On considère à tort les sportifs professionnels et surtout les footballeurs comme trop payés" ">

Écrit par : cara mudah hamil | 26/04/2014

On considère à tort les sportifs professionnels et surtout les footballeurs comme trop payés"
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Écrit par : belajar bahasa inggris dasar | 26/04/2014

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Écrit par : Cipto Junaedy | 14/06/2014

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Écrit par : bundapoker.com agen texas poker dan domino online indonesia terpercaya | 19/08/2014

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