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23/09/2011

Ben Arfa, une idéologie du foot

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"-Aimer ou non Ben Arfa, c'est faire un choix presque idéologique? -Oui, et j'en suis fier! Ma façon de jouer, c'est une façon de voir la vie... Ton jeu, c'est ce que tu es... Je ne peux pas être pépère, formaté."

(Hatem Ben Arfa en réponse à une question d'un journaliste de So Foot, avril 2009)

On a souvent tendance à les snober en raison de leur niveau d’orthographe affligeant, mais pour juger de la cote d’amour d’un joueur, il n’y a guère plus instructifs que les commentaires des internautes de lequipe.fr. Voilà deux exemples assez représentatifs de ce qu’on peut lire sous la news sur le retour d’Hatem Ben Arfa sur les terrains. Un certain "Mytho" d’abord, fou de bonheur, moins de la grammaire française: "Hatem Ben Arfa est le meilleur numero 10 que la France puisse rêver, il va fermer les bouches de tous les footix et de tous les septique". Une déclaration d’amour quelque peu refroidie par "Appelle moi Raoul": "Un symbole du foot moderne: bling, starss paillettes et grande bouche au moindre bout de match réussi. J'espère que les joueurs du futur ne lui ressemblent pas."


Voilà résumé, à peu de choses près, l’avis du monde du foot sur Ben Arfa. D’un côté, les admirateurs transis, dont ZM fait partie, prêts à passer l’éponge sur 89 minutes de médiocrité faites de courses vaines balles au pied, de séries de dribbles bien trop longues ou de passes données dans le mauvais tempo, pour une seconde de frisson, une accélération foudroyante, une feinte de corps bien sentie ou un amour de frappe en lulu, qui suffiront à faire vivre une soirée de plus le mythe du "mec plus fort que Ronaldo à côté Messi c’est un jongleur de foire" (et prochain Ballon d’or tricolore en puissance). Presque des illuminés, capables de congédier leur meuf et de booker leur soirée pour choper en douce un streaming du match Newcastle-Nottingham Forrest et s'injecter une dose d’Hatem après des mois de manque… De l’autre, les blasés, ceux qui en ont leur claque de ses crises d’enfant gâté, de ses coups de sang à répétition, de ses bonnes perfs sans lendemain, et qui ont depuis longtemps classé le bougre dans la catégorie des "ingérables passés à côté d’une grande carrière à cause d’un caractère de merde". 

Suivant la règle établie des vases communicants, et celle moins connue du "plus les années passent, plus je fais de conneries", le nombre d’admirateurs de Ben Arfa a diminué en même temps que grossissaient les rangs de ses détracteurs, jusqu’à atteindre un point d’équilibre: 1% d’un côté, 99 de l’autre. La rédac de ZM, qui a fait depuis longtemps des causes perdues son cheval de bataille, ne pouvait faire autrement que se pencher sur le plus grand gâchis du foot français des dix dernières années au rapport talent potentiel-carrière effective, avec tout le respect que l'on doit à Camel Meriem et Bryan Bergougnoux, évidemment.

Plutôt que d’épouser la thèse répandue du grand complot -"Personne ne comprend son talent, Houllier et Deschamps ont bousillé sa carrière"-, nous avons préféré retourner dans tous les sens la carrière du bonhomme pour dénicher les occasions manquées qui en ont fait ce joueur si clivant dans l’opinion. Tout ça avec tendresse, précisons-le. A ZM, on aime bien les grands champions au mental défaillant, ça les rend plus humains. Et puis franchement, un mec qui oublie à l'intérieur de son casier un chèque de 90.000 euros, dans un milieu où on va vendre son âme en Russie ou ailleurs pour quelques millions d’euros de plus sur son compte en banque à la fin de l’année, ça force le respect.

Acte 1: 13 avril 2005, PSV-OL (quart de finale de la Ligue des champions)

On vous épargne le début de l’histoire –Clairefontaine, la prime de 150.000 euros à 14 ans, les débuts en équipe pro- pour passer directement à l'entrée d’Hatem dans le grand monde footbalistique, un soir de quart retour de C1. A l’époque, Jean-Michel Aulas est presque fréquentable et son équipe plutôt sympathique à voir jouer autour du trio Diarra-Essien-Juni, au point que la France du foot ne voit pas trop d’inconvénient à supporter l’OL en Europe. 1-1 à l’aller, 1-1 au retour, suspense de folie avec une première demie dans l’histoire du club à la clé. C’est le moment que choisit le Guen pour lancer Ben Arfa. Avec la consigne de provoquer balle au pied et forcer la décision en prolong’. Enfin, ça c’est ce qu’on s’est dit en le voyant jouer, la consigne on ne l’a pas entendue, hein. Devant huit millions de téléspectateurs et des brouettes, Hatem, 17 ans et des certitudes plein le bourrichon, joue comme en bas de son immeuble avec les copains. Et que je garde la balle, et que je t’humilie par l’extérieur, et que je reviens à l’intérieur, et que je retenterais bien un petit grand pont sur Van Bommel… Le mec est plusieurs fois à deux doigts de faire le geste décisif. Mais à deux doigts seulement: l’histoire de sa vie. Ce soir-là, il aurait pu être LE grand joueur en devenir qui faisait changer son club de dimension. Il est juste resté dans les mémoires comme un môme perso mal dégrossi. Une image qui lui collera à la peau toute sa carrière.

Acte 2: 20 février 2008, Lyon-Manchester United (8e de finale de Ligue des champions)

On zappe sur les deux années Houllier, où Hatem passe son temps à couper les citrons sur le banc lyonnais. Le déclic, croit-on à l’époque, a lieu avec l’arrivée d’Alain Perrin aux commandes. Malouda est parti, Cleber Anderson et Grosso arrivés. Bref, ça sent la fin de règne à Gerland. Ben Arfa en profite pour faire son trou avec Benzema. Pendant quatre mois, les deux Ben’z font l’amour aux défenses de l’Hexagone tous les week-ends. Ils sont tellement au-dessus du lot qu’on a l’impression de voir Olive et Tom en vrai. Sauf que notre ami Hatem, qui n’a pas son pareil pour foutre en l’air sa carrière quand elle s’apprête enfin à décoller, réussit à se mettre Karim à dos. Sans qu’on puisse réellement identifier l’origine du conflit larvé entre eux, les deux gamins se snobent ouvertement sur le terrain. Déjà détesté par les Brésiliens du club, qui lui reprochent de n’en faire qu’à sa tête, Ben Arfa est mis sur la touche à partir de la double confrontation contre MU en C1, où il n’est pas décisif, au contraire de son meilleur ennemi. Aulas et Lacombe ont déjà fait leur choix, sans que Perrin n’y soit pour grand-chose: bye bye Hatem, la star du club, ce sera Karim.

Acte 3: 26 octobre 2008, OM-PSG (Ligue 1)

Les admirateurs de la première heure n’ont pas lâché l’affaire. Au revoir Lyon et son ambiance corsetée, bonjour Marseille et ses exubérances. L’univers qu’il faut à Ben Arfa pour exploser? On y croit dur comme fer: après tout, Diouf et Gerets s’y connaissent en cas sociaux et le public du Vélodrome aime les dribbleurs caractériels. Sauf qu’à l’OM, Hatem se surpasse en idiotie. C’est là-bas qu’il met au point son move spécial: trois matchs d’extraterrestre et une saison à rien foutre ou presque. Mais le plus beau est à venir. Hatem trouve le moyen de tirer la gueule à son coach un soir d’OM-PSG, tout ça parce qu’il est sur le banc. Malgré des excuses risibles en conf’ le lendemain, le lien de confiance entre Ben Arfa et Gerets est rompu. Celui avec l’OM ne tient plus qu’à un fil, qui casse avec l’arrivée de Deschamps, dont on connaît la souplesse d’esprit légendaire et l’émerveillement pour les joueurs fantaisistes. Précisons qu’Hatem met toutes les chances de son côté en insultant la Dèche droit dans les yeux d’un très élégant "Tu me casses les couilles" à l’entraînement. Partie sur des bases aussi saines, la relation ne pouvait qu’empirer. Malgré un redoux hivernal où Hatem prend le temps d’offrir un ou deux matchs de rêve histoire de ranimer la flamme chez ses derniers fans, l’aventure finit en eau de boudin avec ce qu’on peut considérer comme le climax de la carrière de l’artiste, une grève de la faim, ou pas loin. "J’ai ma dignité. Je ne suis pas un bouche-trou. Ce n’est pas parce que nous sommes payés que nous sommes des esclaves." La raison de ce manifeste politique? Deschamps veut se rabibocher avec lui pour ne pas commencer la saison à poil sur l’aile gauche. Sauf qu’Hatem est beaucoup trop fier pour ça. Le meilleur copain d’Abou Diaby préfère se griller pour le foot et décide de sécher l’entraînement. Tout ça juste après avoir marqué avec les Bleus contre la Norvège en amical pour le premier match de Laurent Blanc. C’est vrai que ç’aurait été con de saisir sa chance et de s’installer dans une équipe de France en pleine reconstruction…

La suite, tout le monde la connaît: départ pour Newcastle, lulu contre Everton, rencontre avec le poète De Jong…. Hatem est de retour après 352 jours d’absence. Et au vu des précédents, on ne va pas faire le coup de la maturité, de la blessure qui vous change un homme, etc. Ben Arfa sera toujours le même. Il ne sera pas Ballon d’or et ne finira pas meneur de jeu du Real. Au mieux l’attend une belle carrière à la Laurent Robert avec Newcastle, et peut-être un Euro ou un Mondial avec les Bleus si le type brille au bon moment. Au pire et plus sûrement, un statut de titulaire avec les Magpies qui s’effrite au gré des jours sans et de l’explosion de Gabriel Obertan, un autre tripoteur de ballons compulsif, ce qui serait une belle façon de boucler la boucle. Ensuite? Un transfert à Southampton et six mois à tomber dans l’oubli tout au plus. Ne resteront alors que les purs et durs, à chercher en cachette une retransmission du match des Saints. Parce que Hatem a beau représenter tous les travers du foot moderne à lui tout seul, il en sublime aussi l’essence: cette seconde de talent inouï, cette fulgurance technique qui fera oublier tout le reste… Pour ça et pour toujours, on t’aime Ben Arfa.

 Julien Laloye

08:22 Publié dans Futibol | Lien permanent | Commentaires (17) Partager cet article avec:

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Commentaires

Attention talent .... pas Ben Arfa mais Julien Laloye .... C'est du grand art cet article !
Ca mériterait largement une mise en image et une diffusion vidéo !!!! Oh oui !!!
Y'a un plume enfin un clavier qui ne va pas tarder à demander une augmentation ou allez voir ailleurs ;)
Merci pour ce moment :)

Écrit par : Coptere | 23/09/2011

Mr Julien Laloye je pense que vous faites partie des aigris qui a un moment donne se disent:

Écrit par : brice | 23/09/2011

il faut beaucoup de perspécité, de courage et de bonne confiance en soi, par toute l'équipe sportive
bon courage à tous

Écrit par : iori | 23/09/2011

Bravo M.Laloye, excellent article, on en demande encore.

Écrit par : Zaraki | 23/09/2011

Bon sujet et bien traite, je ne suis pas fan du joueur mais ce genre d'article me reconcilie avec le bonhomme.

A+

Écrit par : Yannick | 23/09/2011

Mr Julien Laloye je pense que vous faites partie des aigris qui a un moment donne se disent:

Écrit par : brice | 23/09/2011

Du grand art cet article... Je me lève pour la hola et me baisse bien bas pour vous saluer M. Laloye.
Quand au bonhomme sujet de cet article... Mais quel gâchis... qui en préfigure bien d'autres : Bastareaud a déjà pris la relève...

Écrit par : Ainsi parlait Zarathoustra | 23/09/2011

Ahhh, M. Laloye et son amour éternel pour les causes perdues, ces pseudo-artistes (Gasquet, Ben Arfa) qui ne servent qu'à illustrer le principe de déception. Il est temps de soutenir ceux qui gagnent, comme les féminines ou le PSG, des équipes faites pour ceux qui "adorent le football"...

Écrit par : naka | 23/09/2011

Ce qui fait la particularité de Ben Arfa c'est l'excitation qu'il peut procurer sur le terrain.Certains prendront tellement de plaisir à le voir qu'ils en oublieront la frustration causée par son important déchet,d'autres ressentiront plus sur cette frustration.

Je trouve ça dommage qu'on parte trop souvent dans les deux extrêmes pour parler de lui.On peut très bien aimer ce genre de joueur et bien "connaitre" le foot,tout comme bien "connaitre" le foot et être insensible à ce joueur.

Avant sa blessure il sortait d'une belle deuxième partie de saison avec l'OM où DD a réussi à faire du bon travail avec lui en le canalisant et en arrivant à le faire défendre même si ça manque encore d'efficacité.Il a confirmé ces disponibilités le peu de temps qu'il a joué à Newcastle.Alan Pardew son nouvel entraineur le voit comme un joueur capable d'évoluer derrière l'attaquant,je suis impatient de voir comment il va s'en sortir,je sais qu'il en a les qualités connaissant bien son jeu mais il faut qu'il progresse dans la constance.Je pense que c'est le bon endroit pour progresser,la maturité aidant on peut encore être optimiste pour lui sans pour autant tomber dans l'extrême dans un sens comme dans l'autre.

Le but au football c'est de prendre et procurer du plaisir,chacun le prend comme il veut,par la victoire,les gestes techniques,les passes,les gestes défensifs.Tant qu'Hatem continuera à procurer du plaisir à ceux qui aiment le foot,pas moins connaisseurs ni plus connaisseurs que les autres il aura déjà accompli une partie de son but.

Écrit par : balo | 24/09/2011

Contenu du budget miserable du psg,vous vous attendiez a quoi?On a beau dire ceci,cela mais avec tout les petro dollars que dispose le desormais le psg,on a prouvé qu'il était encore possible de faire un recrutement ridicule,parce que je préfère avoir bourillon,que Lugano dans ma defense.Au moins on aurais un titre.

Écrit par : idrpoker.com agen texas poker online indonesia terpercaya | 11/03/2014

Du grand art cet article... Je me lève pour la hola et me baisse bien bas pour vous saluer M. Laloye.
Quand au bonhomme sujet de cet article... Mais quel gâchis... qui en préfigure bien d'autres : Bastareaud a déjà pris la relève.

Écrit par : kata kata cinta dalam bahasa inggris | 26/04/2014

Attention talent .... pas Ben Arfa mais Julien Laloye .... C'est du grand art cet article !
Ca mériterait largement une mise en image et une diffusion vidéo !!!! Oh oui !!!
Y'a un plume enfin ">

Écrit par : cara mudah hamil | 26/04/2014

vMr Julien Laloye je pense que vous faites partie des aigris qui a un moment donne se disent: ">

Écrit par : belajar bahasa inggris dasar | 26/04/2014

Contenu du budget miserable du psg,vous vous attendiez a quoi?On a beau dire ceci,cela mais avec tout les petro dollars que dispose le desormais le psg,on a prouvé qu'il était encore possible de faire un recrutement ridicule,parce que je préfère avoir bourillon,que Lugano dans ma defense.Au moins on aurais un titre.

Écrit par : Cipto Junaedy | 14/06/2014

Mr Julien Laloye je pense que vous faites partie des aigris qui a un moment donne se disent:

Écrit par : bundapoker.com agen texas poker dan domino online indonesia terpercaya | 19/08/2014

les joueurs de football de qualité qui se souviendra toujours de prouesses

Écrit par : lake toba tour | 10/03/2015

mais pas trop savoir qui Ben Arfa, mais regardez la vidéo dans cet article, est qu'il possédait de grandes compétences ainsi

Écrit par : bukit lawang tour | 10/03/2015

Les commentaires sont fermés.

 
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