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17/03/2011
Gasquet, c'est ma coke à moi

Parfois, l'addiction frise l'insoutenable. Trop de souffrances pour des joies trop éphémères. Le supporter en question va alors chercher au fond de lui-même le pourquoi du comment de la raison qui le pousse à se faire du mal aussi régulièrement. Une remise en cause douloureuse qui intervient généralement après une -énième- désillusion. L'élimination nette et sans bavure de l'OL en C1, par exemple, mercredi dernier.
Première étape de la dépression. Toutes les certitudes d'avant-match volent en éclat: Gourcuff redeviendra en un soir le Zidane que tout le monde voyait en lui il y a encore un an? Echec sur toute la ligne. Lisandro fera taire Bernabeu en égalisant dans les arrêts de jeu? Loupé.
Seconde étape: le fatalisme. Le sujet se dit qu'il a déjà bien de la chance d'avoir vu de près les demi-finales une fois dans sa vie et que l'élimination du Real en 2010 ressemblait à un nirvana qui ne se reproduira jamais plus.
Troisième étape: le cynisme. A quoi bon insister? Pourquoi continuer à supporter des athlètes incapables de satisfaire cet amour immodéré? Des interrogations d'autant plus cruciales que se profile un rendez-vous a priori immanquable pour cet admirateur de Richie la menace. Un huitième de finale contre Andy Roddick à Indian Wells.
Le sujet, dont le soutien sans faille pour le petit Mozart du tennis français a déjà été ébréché un certain nombre de fois (doux euphémisme), pèse le pour et le contre. Richie est plutôt encourageant ces derniers temps. Demie à Dubaï, qualification convaincante contre Melzer au tour précédent... Voilà pour les arguments rationnels. Ca fait peu.
Et puis il y a tout le reste: ce revers long de ligne, qui vaut à lui seul cette passion déraisonnable. Le souvenir de ce quart de finale d'anthologie face à l'Américain à Wimbledon en 2007. Ce fol espoir d'assister, non pas au déclic -le sujet est aussi capable d'élans de lucidité- mais simplement au meilleur match de l'année de Richie, avant sa prochaine tendinite à l'épaule, sa crise de confiance hebdomadaire, ou sa fin de carrière prématurée pour ouvrir un snack-bar dans le Sud-Ouest. Celui où le Français va aligner du revers gagnant à tour de bras, de l'amorti venu de nulle part, et même des coups droits dépassant le carré de service. Par expérience, le sujet sait que ce genre de moment de grâce est rare chez le Biterrois. Au mieux il ne dure qu'une rencontre, au pire -et le plus souvent- deux sets. Le sujet a ainsi appris à maîtriser son addiction et à ne pas se focaliser sur le résultat, secondaire avec Richie. Il s'attend toujours à le voir perdre son break d'avance au moment de conclure avant de se faire dépasser par l'adversaire (Gonzalez OA 2009, Youzhny OA 2010, Murray Roland 2010...).
Autant de précautions nécessaires à l'heure de prendre une décision grave de conséquences. Il est minuit passé, le sujet n'a pas sommeil, et la promo TV du moment lui permet de capter Orange sport, qui diffuse la rencontre. Une rencontre qui a neuf chances sur dix de déboucher sur un scénario couru d'avance. Un Roddick en mode pilonnage et un Gasquet en dedans, ou plutôt en dehors du court, à 4 ou 5 mètres de sa ligne de préférence. Bref, une nuit gâchée pour rien. Le sujet repense encore à la dernière fois qu'il avait fait un tel sacrifice. C'était contre Berdych en Australie. Le résultat (trois sets secs en faveur du Tchèque) l'avait conforté dans son intention de ne plus jamais recommencer.
Mais voilà, une passion ça ne s'explique pas. Le sujet se dit que soirée pourrie pour soirée pourrie, il se fera mal jusqu'au bout. Il décide de regarder. Alors surgit le miracle. Richie joue "incroyable" comme il le dit lui-même. Roddick vient le chercher sur son revers, qui répond admirablement bien. Les passings gagnants fusent. Richie fait de la pate à modeler avec les premières balles d'Andy avant de le punir dans l'échange. L'impression est énorme. Et surtout elle dure. Un jeu, un break, un set, un set et demi (6-3, 4-2 balle de double break). Le sujet attend la panne, prêt à accepter avec son stoïcisme habituel un renversement de situation inévitable. Il n'est pas déçu quand Richie envoie un amorti dégueulasse au milieu du filet pour permettre à son adversaire de revenir à hauteur (4-4). Il sourit intérieurement quand une double faute du Biterrois offre deux balles de match à l'Américain à 6-5 en sa faveur. Jusque là tout est conforme aux prévisions les plus optimistes. Sauf que le sujet ne pouvait pas imaginer une fin de match absolument salopée par Roddick, membre éminent du top ten depuis toujours. Et encore moins ce dernier revers long de ligne gagnant de Richie tiré depuis la cabine de commentateur...certains appellent ça la magie du sport. Le sujet, lui, sait bien que tout ça ne doit rien au hasard. Cet exploit, il est un peu pour lui aussi. Et puis il va se coucher. C'est qu'il faut remettre ça vendredi soir contre Djokovic..
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Julien Laloye
19:04 Publié dans revers long de ligne | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : richard gasquet, tennis, andy murray
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Commentaires
Haha trés bon merci pour ce billet!
Faut avouer que les revers sur les deux vidéos atteignent des sommets, c'est même parfois difficile de voir comment il arrive à tourner la balle...
Écrit par : courage | 18/03/2011
Quand j'ai fais faire ses premières balles à richard, il avait tout juste trois ans et derrière le petit filet que j'avais installé contre le grillage d'un des cours de tennis de sérignan, j'ai dit à marise sa mère: je crois qu'il fera son revers à deux mains. Je me suis planté et je ne le regrette pas, quel plaisir j'ai en le voyant aligner ses revers long de ligne.
Le dernier match que j'ai fait avec lui il avait sept ans, francis son père, tenait à se qu'on fasse un match régulièrement, richard n'aimait pas trop cela mais on savait bien qu'il se passait quelquechose de pas trés habituel. Francis n'a pas laché le but qu'il s'était donné pour l'éducation tennistique de son petit, et ceci dans une juste progression.
Puis mon métier d'artiste m'a éloigné de ce jeune prodige, mais avec humilité j'ai toujours suivi son parcours.
Aujourd'hui, nous sommes fiers de notre champion... Longue route Coeur de lion !
Écrit par : angel girones | 18/03/2011
Merci pour ce billet, dans le quel je me suis tellement reconnue! :)
La Gasquet-addiction parfaitement bien résumée.
Écrit par : Caro | 18/03/2011
Bravo c'est exactement ce que je ressens !
Écrit par : Manatane76 | 09/05/2011
Un petit génie celui-là !
Écrit par : abonnementvin | 12/04/2013
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