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28/01/2011

Roger, joue-la comme Pete

Fed volée plongée.jpg

"Novak a disputé un grand match. Je ne pense pas avoir mal joué, c'était un match à haute intensité pendant longtemps. Evidemment, c'est toujours décevant de perdre, mais cela arrive."

Autant prévenir tout de suite les contempteurs les plus féroces de Roger Federer, ceci n'est pas un énième article opportuniste surfant sur la défaite du Suisse face à Djokovic à l'Open d'Australie pour en rajouter une couche sur la théorie du déclin, du passage de témoin, ou n'importe quoi d'autre. Zone mixte, qui compte plutôt parmi les admirateurs de "Fed", le considère toujours comme l'un des meilleurs joueurs de la planète tennis, sans doute capable d'être présent dans les derniers tours de Grand Chelem pendant une bonne paire d'années encore, si ce n'est jusqu'à sa retraite.


En espérant que ce passage de pommade express aura suffi à ne pas faire fuir les groupies du Suisse, la rédac' a tout de même été interpellée par une statistique étonnante: sur les 4 derniers tournois du Grand Chelem, le Suisse n'a pas atteint une seule fois la finale, tombant à chaque fois sur un obstacle différent: Soderling à Roland, Berdych à Wimbledon, Djoko à l'US Open et à Melbourne.

Au-delà des vicissitudes de chacune de ces rencontres, il semblerait donc par simple constat que Federer, autrefois intouchable pour tout autre adversaire que Rafael Nadal sur les tournois du GC, où sa motivation ne peut être prise en défaut, soit désormais "battable" par une bonne moitié du Top 10 en permanence. Zone mixte pousse même le raisonnement plus loin: le Suisse est clairement en échec tactique contre un nombre croissant de joueurs du circuit, vaincu à la régulière dans des duels de fond de court. Illustration en trois points des faiblesses de Fed en s'appuyant sur la dernière demie perdue face à Djokovic.

 

Primo, un revers trop neutre face aux tout meilleurs joueurs mondiaux. Cette critique n'est pas nouvelle, mais l'incapacité de Federer à faire mal avec ce coup a frappé contre Djokovic. Elle oblige le numéro deux mondial à ne compter que sur son coup droit pour faire le point. Gênant. D'autant que lorsque le match est serré, Federer se crispe encore d'avantage en revers, multipliant les balles décentrées et les fautes grossières (28 fautes directes de ce côté contre le Serbe).

Secondo, une première balle qui n'est pas assez décisive. A première vue, le pourcentage de premiers services de Federer (60%) et son taux de réussite en termes de points gagnés (71%) contre Djoko n'est pas infâmant, loin de là. Mais le Suisse ne s'est offert quasiment aucun point gratuit (en un ou deux coups de raquette) sur son service, devant batailler à chaque fois pendant de longs rallyes avant de prendre éventuellement le dessus. Ce qui à la longue finit par l'user physiquement et renforce les certitudes de son adversaire, qui sait qu'il aura souvent l'occasion de breaker.

Tertio, une impuissance tactique préoccupante. Quand il n'est pas dominateur, Federer refuse souvent de changer quoi que ce soit à son jeu, persuadé que sa supériorité technique suffira pour l'emporter. Cette espèce d'arrogance développée au cours de ses années de règne était déjà perceptible face à Gilles Simon au deuxième tour: face à d'excellents défenseurs capables de tout remettre et de garder une longueur de balle suffisante pour empêcher le Suisse de monter au filet, Federer s'énerve et finit par balancer des mines de coups droits de plus en plus près des bâches à mesure que la rencontre s'éternise.

Contre Soderling, Berdych, Djokovic, qui sont plus puissants que lui, ou face à Nadal, et à un degré moindre face à des joueurs comme Monfils ou Simon, qui sont des remiseurs hors pair, Federer, pour toutes les lacunes évoquées au-dessus, sera nécessairement en difficulté. Ce qui ne veut pas dire qu'il perdra à chaque fois. Simplement, s'il doit en rencontrer deux ou trois pour aller au bout d'un grand tournoi, la probabilité qu'il trébuche en finale ou avant s'en retrouve plus élevée.

Le meilleur tennisman de tous les temps s'est-il rendu compte de ses limites? Si ses déclarations post-défaite permettent d'en douter  -"Je ne le vois pas comme certains qui commencent à parler de changement au plus haut niveau avec la défaite de Rafa et la mienne. Je suis très content de ma performance, je suis bien physiquement après avoir beaucoup joué. Je me réjouis pour la suite de la saison. Ce n'est pas inquiétant. Je suis positif même si je n'ai pas atteint de finale sur les quatre derniers Grands Chelems. Quart, demie ou finale, ce n'est pas le plus important. Le plus important est que je suis solide et très haut dans le classement. Je me donne des possibilités pour remporter les grands tournois"-, Federer doit savoir au fond de lui qu'il n'est pas trop tard pour entamer la "samprasisation" de son jeu (Zone mixte a déjà déposé le copyright du concept). En clair, prendre le filet à tout-va.

Le choix de Paul Annacone comme nouvel entraîneur était censé le pousser dans cette direction. Premier verdict de l'ex-mentor de Sampras  "Roger doit se concentrer à être plus agressif et essayer de trouver différentes façons pour utiliser ses capacités offensives plus souvent. Dans le jeu d'aujourd'hui, les gars sont forts du fond de court, c'est devenu un jeu avec une seule filière sur plein d'aspects." Traduction: Roger trouvera plus fort que lui au jeu des parpaings balancés depuis la ligne de fond, mieux vaut venir la jouer finaude à la volée. On confirme Paulo.

Le problème évident à ce niveau-là, c'est qu'il n'est pas facile de faire admettre à un champion qui a gagné 16 Grands Chelems en jouant comme il voulait qu'il doit changer de stratégie s'il veut continuer à dominer la concurrence. L'espoir pour Annacone, même si le Suisse est beaucoup plus têtu qu'il n'y paraît, c'est que le chantier n'est pas insurmontable. Federer était un excellent volleyeur avant de se rendre compte qu'il n'avait pas besoin de prendre autant de risques pour mettre des pilées à la douzaine. Pour qui s'en souvient encore, c'est même en prenant systématiquement le filet derrière son service que Fed s'était révélé face à Sampras à Wimbledon en 2001.

 

Si on ne lui demande pas de servir en première et en deuxième à 210 km/h et se ruer à la volée en caleçon et en chaussettes comme le faisait Pistol Pete à sa grande époque, quelques enchaînements service-volée réguliers (disons 1/2) devraient grandement lui faciliter la vie et semer le trouble dans l'esprit de l'adversaire. Surtout qu'une attitude plus offensive permettrait à "Fed" de désamorcer un poil le manque de puissance de son revers à plat. Car de ce côté, le Suisse dispose sans doute dans son arsenal du revers chopé le plus vénimeux du monde. Rien que d'imaginer ses rivaux à quatre pattes à tenter de remonter une balle si basse tout en y mettant suffisamment de précision afin d'en faire un passing respectable -oui, car dans notre monde idéal, Federer fera du chip and charge régulier sur service adverse- procure des frissons de jouissance.

Evidemment, ce changement complet de stratégie ne l'aidera pas à battre Nadal sur terre en finale de Roland. Mais est-ce qu'il y a encore grand-monde pour penser que Federer remportera un autre Grand Chelem parisien à moins d'une épidémie dans le top 10 et dans la colonie de petites fourmies espagnoles toutes ragaillardies à partir d'avril? Non, un tennis plus offensif lui offrirait "seulement" l'occasion d'inscrire un ou deux Wimbledon de plus à son palmarès, voire même quelques US Open. Et c'est Stefan Edberg qui le dit, pas nous.

Julien Laloye

 

15:43 Publié dans revers long de ligne | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : tennis, roger federer, novak djokovic, open d'australie Partager cet article avec:

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Commentaires

Je suis extrêmement désolé... d'être d'accord avec cet article...
A une limite près: si on excepte les 16 titres, et qu'on limite l'analyse au 1/2 ou 1/4 de finale de GC, ce n'est pas demain la veille qu'un tennisman se hissera à la hauteur !
Et, autre analogie avec Sampras,: quel délice de les regarder jouer ! ça change des bastonneurs body buildés.

Écrit par : pm | 29/01/2011

Super analyse. Mais le slice de Federer, bien que venimeux, est moins efficace que ne l'était celui de Sampras. La faute à des surfaces aseptisées. A l'époque des Mc Enroe, Becker, Edberg, Ivanisevic, etc, les courts étaient plus rapides, le rebond bien plus bas. Il était encore possible de faire du chip and charge.
Maintenant, avec l'uniformisation des surfaces, les frappes à hauteur d'épaule ou de hanche se multiplient, le lift prend moins (au détriment de Nadal d'ailleurs, même si la ralentissement des surfaces l'avantage), le slice prend moins (au détriment de Federer entre autres), c'est comme cela que des bourrins stéréotypés comme Berdych ou Del Potro sont au plus haut niveau. Et comme la puissance de frappe de Federer vient de sa grande fluidité et non d'une explosivité lourde façon Sampras, il aura moins cette capacité à jouer 2/3 des points en quelques coups de raquette. Pour schématiser, Fed ne pourra jamais faire du George Foreman, mais tiendra plus du technicien bien conservé, comme Evander Holyfield.

Autre constat: Fed sert régulièrement autour des 200, mais dépasse rarement les 210 ou 220, contrairement à Sampras. Et sa seconde est certes travaillée, mais moins puissante, moins variée aussi (très régulièrement un service kické).
Du coup, si monter au filet peut aider Fed, il ne pourra pas le faire beaucoup plus qu'actuellement. Au risque de se faire passer en deux ou trois temps par la plupart des "bourrins", qui sont souvent de bons passeurs.

Fed, par contre, semble parfois "disparaître" de ses matchs. Sa concentration semble volatile, assez irrégulière, y compris lors des rencontres à enjeux. Rappelez-vous sa défaite contre Tsonga, il me semble 7-6 dans le troisième set, après avoir mené 5-1 face à un des pires retourneurs du top30..

Écrit par : Pierre Laurent | 31/01/2011

Rien à dire Pierre, ton analyse complète parfaitement l'article et répare un oubli sur l'uniformisation des surfaces, qui n'aide pas notre Roger à faire évoluer son jeu vers l'avant...

Écrit par : Zonemixte | 02/02/2011

Les commentaires sont fermés.

 
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