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07/12/2010

Euro féminin de hand: Des Bleues, tant bien que mal

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"C'est un dur apprentissage qui continue pour une équipe qui passe très vite de très bien à très mauvais. Je suis furieux."

(Olivier Krumbholz, sélectionneur de l’équipe de France de handball)

Olivier Krumbholz est furax. Nous voilà rassurés. Les Bleues ont pris une branlée générale au tournoi de Paris. La belle affaire… On s’en réjouirait presque. Et la défaite face aux Russes (26-31) à une semaine du début de l’Euro? Même pas peur. On entend déjà les invectives des féministes de tout poil venues pour nous émasculer. Zone mixte misogyne? Antipatriote? Inconscient? Que nenni. Si l’on se féliciterait (presque) des derniers revers des Bleues, c’est que les handballeuses françaises ne sont jamais meilleures que lorsqu’elles sont dos au mur, bien tapies dans l’ombre. Et avec trois raclées en trois matches, le camouflage est béton avant d’entamer mardi l’Euro norvégo-danois.


Imprévisibles, déroutantes, déstabilisantes, depuis une décennie, les Bleues sont branchées sur un courant alternatif dont on n'a pas encore trouvé les plombs. Si, entre 1999, date de leur première médaille, et 2009, année de la dernière, les joueuses ont changé, la trame de l’histoire demeure la même. Une inconstance "made in France" estampillée comme une marque de fabrique: un coup au top, un coup au cul. Sur cette ambiguïté tricolore, l’équipe de France féminine s’est bâtie un palmarès, un parcours de cache-cache jalonné d’autant de surprises et d’exploits que de déceptions. "Il y a deux équipes de France en nous. L’une qui se balade, parfois, qui récite parfaitement son handball, l’autre qui fait tout son possible, de temps à autre pour se retrouver dans la merde", confessait la demi-centre Myriam Korfanty quelques heures après le titre mondial de 2003. Retour sur le ying et le yang du palmarès des bandes à Krumbholz.

Norvège: l’exploit fondateur

Hiver 1999, Hakons Hall de Lillehammer. Un décor de case congel pour un accouchement. C’est ici, dans la ville olympique, que les handballeuses sont nées un soir de décembre. Une médaille d’argent mondiale en guise de tétine après un match épique, héroïque, fantastique: deux prolongations et une défaite d’un but face à des Norvégiennes à la maison-igloo (25-24). Mais cette médaille d’argent vaut de l’or. Car la bande à Pecqueux -pas encore Rolland- et Nicolas est (enfin) sortie de sa coquille. Comme un éclair, elles ont frappé au moment où on ne les attendait pas ou si peu. Aucun signe avant-coureur, ni montée en régime progressive, contrairement à l’épopée des Barjots, n’avaient alerté le suiveur.

Avant ces championnats du monde, le palmarès des Bleues se résumait à une quatrième place aux Mondiaux de 1949. Et encore, c’était à 11 ontre 11. Une autre époque. Il y a bien eu cette cinquième place au Mondial espoirs en 1995 mais avouez qu’il faut une équerre sacrément grande pour tirer le parallèle… En Norvège, l’équipe de France a crevé le grand écran de la petite balle mondiale, écartant sans pitié Danoises et Roumaines. L’acte de naissance des Bleues.

S’impose une question: Lillehamer, exploit singulier, version bleu-blanc-rouge de la Corée du Sud en 1995, ou début d’une génération dorée, type URSS époque Perestroïka? La confirmation attendue à l’Euro roumain n’aura pas lieu (5es). Pas plus aux championnats du monde en Italie un an plus tard où l’équipe de France, privée de Véronique Pécqueux-Rolland, plafonne à la cinquième place. Une contre-performance qui relègue davantage la médaille d’argent norvégienne à son état d’exploit et les Bleues dans l’inconfort d’un anonymat médiatique. Une éclipse qui s’assombrit plus encore à la lumière de l’or des garçons aux championnats du monde à Paris. Il est parfois bien difficile de s’émanciper de son alter masculin… Audrey Pulvar confirme.

2003: le miracle de Zagreb

Lâchées de haut, les handballeuses françaises, programmées pour une qualification aux JO d’Athènes, vont rebondir. Jusqu’à atteindre le toit du monde. En 2003, la France a encore un train et pas mal de wagons de retard sur les places fortes du hand que sont le Danemark, la Norvège ou la Russie. Même si la médaille de bronze obtenue à l’Euro danois un an auparavant face aux championnes du monde russes est en soi une belle performance, elle apparaît toujours comme une surprise. En Croatie, la France n’a jamais eu la meilleure équipe au monde. Constat cruel mais lucide. Une poignée joue alors dans un grand club européen (en 2003, 4 sur 16 jouent au Danemark, considéré comme le meilleur championnat), la professionnalisation est encore à l’état de chantier et la détection et la formation ne sont pas des priorités de la fédé. Bref, sur le papier la France ne part pas favorite.

Pour pallier leurs carences individuelles et techniques, les handballeuses françaises misent tout sur un collectif hors-norme. Elles possèdent cette capacité à se surpasser, à se transcender dans les matches au couteau. Un caractère bien trempé, et un sens du sacrifice à faire pâlir un Maya. Zagreb résume à lui seul cet état d’esprit de crève-la-dalle. La finale restera comme l'un des matches les plus fous et renversants de l’histoire du handball. Face à la Hongrie, quasi chez elle, les Bleues, enterrées trop tôt, vont revenir de l’enfer croate dans le dernier acte d’une dramaturgie contemporaine. Une égalisation à la dernière seconde sur penalty, après avoir compté jusqu’à sept longueurs de retard, une prolongation et au bout du bout une victoire inespérée qu’on leur croyait interdite (32-29). La première médaille d’or en sport collectif féminin. "Nous ne sommes pas une équipe comme les autres", revendiquait en 2002, Véronique Pecqueux-Rolland. Pour le meilleur et pour le pire.

2005: le désastre de Saint-Pétersbourg

Car qui dit miracle, dit désastre. Il y a eu Zagreb, il y aura Saint-Pétersbourg. Une noyade au bord de la Volga. Les Bleues renouent avec un passé trop vite oublié. Une branlée que l’on a pourtant vu venir. A l’Euro 2004 en Hongrie, la France, championne du monde en titre, s’était ramassée avec brio (11ème). En Russie, elles vont juste démissionner. Une 12ème place après une dernière samba brésilienne (23-35), symbole d’une descente à pic (en 2003, la France avait pulvérisé le Brésil 33-15). La plus mauvaise place depuis 1997. En cause, l’amalgame entre la relève et la génération dorée de 2003 qui n'a pas pris. Entre des cadres à court de forme et des jeunes, qui par essence manquent d’expérience, le collectif a explosé sous la pression. On entend encore résonner la déclaration belliqueuse du sélectionneur: "La guerre est engagée. Les filles ne travaillent pas suffisamment."

2004, 2005, puis 2007 marquent la fin d’une génération. En 2006, les Bleues ont bien refait le coup de 2002 avec une médaille de bronze européenne aussi méritée qu’inattendue. Une simple parenthèse. Le très attendu mondial 2007 disputé à la maison verra la France trébucher à la cinquième position malgré une Valérie Nicolas dantesque (meilleure joueuse du tournoi). En quart de finale, les deux prolongations face aux Roumaines lui seront fatales. Ce qui faisait sa réussite autrefois joue désormais contre la France. "Notre handball vit une crise de croissance", dira Krumbholz. Avec un déficit de calcium offensif, la nouvelle génération n’a pas eu le temps de grandir.

2009: le jeu de l’alternance

Après des JO de Pékin décevants (5èmes), la campagne macédonienne à l’Euro voit les handballeuses françaises revenir sous les préaux des écoles (14ème). Sale manie des Bleues que de passer du chaud au tiède et du tiède au glacé. Et inversement. En Chine, aux championnats du monde en 2009, les Bleues vont revenir au top sans frapper à la porte. Après un début de compétition difficile qui fait craindre le pire, elles se hissent en finale et réactualisent la chimère d’un second sacre mondial. Face à l’évidence russe, ce sera finalement l’argent autour du cou à l’issue d’une finale "ordinaire" au sens français du terme, à savoir sans suspense (22-25). Une nouveauté pour la France. Comme l’est le renouvellement de son effectif. De cette nouvelle génération en construction, seule Raphaëlle Tervel, la capitaine, était du sacre mondial de 2003 à Zagreb... Les générations changent, les habitudes restent.

Alors qu’attendre de l’Euro 2010? Les  défaites en préparation ne doivent pas faire frémir les supporters. On sera de retour à Lillehammer, première ville sur le CV tricolore. Mais le clin d’œil pourrait ne pas suffire. Difficile de connaître à l’avance les capacités de cette équipe "inbetclicable". Les pronostiqueurs vont s’arracher le peu de cheveux qui leur restent. On sait juste qu’avec les absences des piliers Tervel, Limal et Baudoin, la France arrive diminuée en Norvège. En jeu, une place qualificative pour les JO de Londres. Tombées dans le groupe de la mort avec de vieilles connaissances (Norvège, Hongrie, Slovénie), la motivation des joueuses devrait se suffire à elle-même. Mais avec des Bleues au double visage, on est sûr de rien. Seulement que la gueulante de Krumbholz ne sera pas la dernière. A la tête de l’équipe depuis 1997, il a tout vécu depuis. Et si ce n’est pas la première fois qu’il se met tout rouge, pour suivre les "femmes de défis", le mec doit quand même avoir, sous ses airs de frappadingue, les nerfs solides.

Arnaud B.

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06:19 Publié dans Hand | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : hand, bleues, euro, norvège, danemark Partager cet article avec:

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