Avertir le modérateur

« Raymond Domenech, l’éternel Espoir | Page d'accueil | Montpellier, un appétit sans fin? »

26/07/2010

La formation française, un modèle en crise ?

"[La plus grande difficulté], c’est que nos jeunes à nous, j'ai l'impression qu'ils ont moins de temps de jeu que dans certains pays."

(Francis Smerecki, sélectionneur de l’équipe de France des moins de 19 ans, demi-finaliste voire plus ? de l'Euro)

Le football français aime à penser qu’il véhicule une certaine idée de grandeur, qui repose sur deux lieux communs au filon surexploité : aussi vrai que le footballeur italien est truqueur et son championnat corrompu, que le Brésilien est dribbleur de cirque le jour et danseur de samba la nuit, que l’Allemand est rigide balle au pied autant qu’implacable avec la solvabilité financière des pays méditerranéens, le Français évolue dans un club qui ne vit pas à crédit et bénéficie de la meilleure formation de la planète mondiale et universelle. C’est peut-être un peu cliché, mais c’est comme ça : la France élèverait des graines de champions par batteries entières dans ses poulaillers quatre étoiles que sont les centres de formation. D’ailleurs, les résultats sont là pour le prouver ma bonne dame : les "Under 19" de Kakuta, Griezmann, Lacazette et Tafer ne se sont-ils pas brillamment qualifiés pour les demi-finales du championnat d’Europe en écrasant les Pays-Bas et l’Autriche ?!


Sauf que les U19, s’ils représentent l’avenir, sont surtout l’arbre qui cache la forêt. Depuis quelques années, la France ne sort plus (ou peu) de grands joueurs et échoue régulièrement dans les grandes compétitions de jeunes. Ainsi, la sélection des Espoirs, censée consacrer le travail effectué avec toute une génération de 14 à 21 ans, n’a-t-elle plus fait de résultats significatifs depuis la finale de l’Euro 2002 ni réussi à qualifier la France pour des JO depuis 1996. Une donnée édifiante qui n’est que la répercussion de performances en dents de scie dans les catégories inférieures.

Les moins de 19 se sont certes qualifiés pour la Coupe du monde des moins de 20 ans, LE rendez-vous des futures stars… mais après trois éditions manquées (!) depuis la génération Henry-Trezeguet, quart de finaliste en 97. Imaginer le même passage à vide chez les A colle la migraine. En ce qui concerne les U17, les vieux grognards évoqueront la génération dorée de 2001, championne du monde à Trinidad-et-Tobago, mais depuis un titre de champion d’Europe en 2004 (la fameuse génération 87), c’est le désert dans cette classe d’âge, hormis peut-être une finale européenne en 2008 qui porte le sceau des U19 actuels. Chez les U16, c’est encore pire (pas un petit podium de rien du tout depuis 2001)…

vincentpericard.jpg

Bref, l’idée d’un football hexagonal imbattable chez les plus jeunes a bel et bien vécu. Et il n’y a pas de hasard à ce constat : les causes structurelles sont bien connues. D’abord, l’internationalisation du marché des transferts, qui prive les clubs français de ses meilleurs joueurs en devenir, lesquels finissent par se perdre dans la grisaille d’un obscur club de 3ème division de la banlieue de Manchester. Une explication illuminée d’un certain bon sens : alors qu’on aurait pu penser il y a quelques années que la tendance s’estomperait d’elle-même à force de mauvais exemples (Vincent Péricard, on pense à toi), elle s’est accrue. Les clubs étrangers (anglais surtout) sont venus, plus encore qu’avant, se servir en France, profitant de leur ascendant sportif et financier. Chez les U19 actuels, quatre jouent d’ailleurs en Angleterre (Mavinga, Coquelin, Kakuta, Sunu), pour un temps de jeu quasi nul. Rappelons par exemple que Kakuta, proclamée petit merveille tricolore après deux matchs de Champions League avec Chelsea en décembre, n’a joué que 31 minutes en championnat sur toute la saison. No comment. Globalement, sur les quinze dernières années, le bilan est plutôt négatif pour la France. Pour quelques réussites remarquables (Frey, Vieira, Sylvestre à la fin des années 90, N'Zogbia, Diaby, Clichy dans les années 2000), combien d’échecs retentissants ?

Pour autant, il serait trop facile d’accabler les clubs étrangers et leurs manières quelque peu "impérialistes". Au fond, si Arsenal, Chelsea ou Manchester United ont effectivement profité à plein de leur position dominante pour piller la Ligue 1, il faut aussi reconnaître que les clubs français ont facilité la tâche du colonisateur. A leur décharge, évidemment, il y a les carences du cadre juridique, insuffisamment protecteur pour les clubs formateurs, ainsi que l’attraction financière de la Premier League. Arnold Catalano, recruteur pour le centre de formation de l’AS Monaco, s’en plaignait d’ailleurs dans une interview au monde.fr : l’une des grandes difficultés pour le football français, disait-il, c’est qu’aujourd’hui, "il y a trop de joueurs pas encore affirmés qui se décident en fonction du critère économique". Seulement, Catalano ajoutait un bémol à ce constat accusateur : "Mais si les gens ont des exigences, c'est qu'à un moment on leur a laissé entrevoir que ça pouvait se faire." Ce "on", c’est bien entendu les recruteurs et les dirigeants des clubs pros. Car avant les joueurs, ce sont eux les responsables de l’émigration des jeunes Français.

D’abord, parce qu’ils ont privilégié la quantité à la qualité. Avec la multiplication des centres de formation dans tous les clubs de l’Hexagone, il s’est produit un appel d’air aux conséquences ravageuses. De plus en plus de jeunes au niveau juste moyen ont été recrutés pour faire le nombre, sans aucune chance de succès à la sortie, s’ajoutant à la longue liste des petites stars du village qui n’ont jamais percé chez les pros… Hormis quelques clubs (Auxerre et Sochaux) qui continuent à s'appuyer sur leurs centres pour assurer leur avenir économique et sportif, les autres font le choix d'avoir des effectifs très riches (pour ceux qui ont les moyens), ou recrutent à l’étranger. Conséquence : la France possède l’un des plus faibles ratios de contrats professionnels signés par rapport au nombre de jeunes formés. Les recalés serviront de chair à canon dans les réserves pros ou les petits clubs de CFA.


diarra-alou.jpg

La deuxième erreur des clubs français, c’est avoir privilégié les profils physiques aux profils techniques. Aujourd’hui, pour schématiser, la France est devenue productrice de milieux défensifs et d’attaquants polyvalents, comme l’analysait parfaitement coupfranc.fr il y a un peu plus d’un an. Nous avons d’un côté le prototype dit "Rio Mavuba", aussi appelé Numéro six, comme Patrick McGoohan dans Le Prisonnier, dur au mal, gratteur de ballon hargneux et technicien honnête doté d’une frappe de moineau, un clone générique reproductible à l’infini (de Claude Makelele à Alou Diarra). De l’autre, nous avons l’exemplaire dit "Jimmy Briand", alias Numéro six bis, à la fois meneur de jeu, ailier de débordement, renard des surfaces et premier déclencheur du pressing défensif, soit un peu tout à la fois mais beaucoup de rien au final. Le modèle est là aussi largement déclinable (Luyindula, Bellion, Gouffran…). Il est d’ailleurs amusant, ou désolant, de constater que Franck Ribéry et Mathieu Valbuena, les deux derniers "créateurs" sortis un peu du moule qu’on a vu accéder à l’équipe de France, n’ont pas été retenus par les centres de formation de clubs pros. Trop frêles sans doute… Gourcuff est l’une des rares exceptions du système, quand les succès de l’Espagne et du Barça montrent que la tendance "armoire à glace" a ses limites.

La troisième et dernière erreur des clubs français, c’est le peu de confiance qu’ils accordent à leurs jeunes joueurs, même quand ils sont bons. Drôle de paradoxe pour un prétendu champion de l’élevage de pur-sang… Sans le vouloir, ils ont fait du passage de la formation à la post-formation, lorsque le joueur doit se faire une place dans l’effectif pro, quelque chose de traumatisant. C’est là que ça se gâte, quand à l’étranger, on ne mégote pas sur les années. En Espagne, Iker Muniain a débuté en équipe première à 16 ans avec l’Athletic Bilbao, où il est devenu titulaire (34 matches pour sa première saison), tandis que Bojan joue régulièrement au Barça. En Angleterre, idem, contrairement à ce qu’Eric Cantona a pu déclarer récemment. Theo Walcott a débuté à 16 ans à Southampton, à peine plus tôt que Wilshere, Gosling, Delfouneso et bien d’autres. Du côté de nos U19 tricolores, seul Yannis Tafer est apparu quelques fois en L1 avec l’OL. Et comme pour Benzema, son prédécesseur, il lui faudra pas mal de veine et beaucoup de blessures pour percer. Les autres devront apparaître cette année en L1, sous peine d’être rapidement oubliés et supplantés par d’autres candidats au gros lot…

Sur le site de l’UEFA, il y a quelques semaines, Michel Platini himself écrivait la chose suivante à propos du Mondial sud-africain : "Les trois nations qui ont le plus gagné au niveau des compétitions de jeunes au cours des dix dernières années se retrouvent dans le dernier carré : l'Allemagne, vainqueur notamment du Championnat d'Europe des moins de 21 ans de l'UEFA 2009 ; les Pays-Bas, vainqueurs, eux, de la précédente édition de l'Euro Espoirs, en 2007 ; et enfin l'Espagne, quatre fois d'affilée vainqueur du Trophée UEFA Maurice Burlaz (trophée récompensant l'association européenne ayant les meilleurs résultats dans les compétitions de jeunes de l'UEFA). Un hasard ? Je ne le crois pas." Vous l'avez deviné, nous non plus.

Julien Laloye et Nicola Basilboli

11:14 Publié dans Futibol | Lien permanent | Commentaires (1) Partager cet article avec:

Partager cet article sur Facebook  Ajouter dans Technorati  Ajouter dans Delicious  Partagez sur MySpace  Voter pour cet article dans Wikio  Partager sur StumbleUpon  Partager avec Digg  Partager sur Fuzz   partager sur Diigo    Partager via Tiny URL

A la une:

 //Pourquoi on préférait Trezeguet   //L'année 2014 de la lose en sept défaites magnifiques   //Quiz vidéo: Connaissez-vous votre Ronaldinho sur le bout des doigts?   //Quiz: Ibrahimovic, Eto'o ou un dictateur?   //Lettres de supporters de L1 à Carlos Slim   //Lucas, Pauleta, Ronaldinho... Elisez le plus beau presque-but du foot français   //Ballon d’Or 2013: Le jour où le ciel tomba sur Franck Ribéry   //L'année de la lose en sept défaites   //Aidons Jean-Michel Aulas à faire craquer Bafé Gomis   //Petit manuel de #reconversionvraie à l'intention de David Beckham 

Commentaires

Savez vous m'envoyer l'adresse url d'inscription. Pour l'inscription avons nous des possibilité

Écrit par : news mutuelle | 27/09/2012

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu