Avertir le modérateur

« Finale NBA : Les Lakers de Kobe, l'équipe de la décennie | Page d'accueil | 9.000 kilomètres en voiture pour soutenir les Bleus »

03/06/2010

Finale NBA: Les Boston Celtics, la franchise que l'Amérique adore détester

boston-trilogy.1275536139.jpg

"Supporter les Celtics, c’est comme être du côté de l’inflation et du chômage. C’est comme prier pour qu’Eva Mendes se marie ou que Brad Pitt soit défiguré."

(Jemele Hill, éditorialiste pour la chaîne de télévision ESPN)

N’en déplaise à Jemele Hill, native de Detroit et fan des Pistons, Boston sera bien en finale du championnat NBA à partir de ce soir. Comme en 2008, date de leur dernier sacre, les joueurs de Doc Rivers affronteront les Lakers, l’ennemi héréditaire. Boston Celtics-Los Angeles Lakers, c’est tout simplement l’affiche la plus prestigieuse de la Ligue. Dix-sept titres d’un côté, quinze de l’autre… et un passé commun des plus chargés sur les parquets. Autant dire que l’affrontement promet de faire des étincelles.


Mais Celtics-Lakers, c’est aussi – ironie de l’histoire – la réunion dans une même salle de deux des équipes parmi les plus détestées des Etats-Unis, tous sports confondus. Jaloux, les Américains ? Oui, à l’évidence, mais pas seulement. En réalité, la théorie de la haine du vainqueur tient surtout pour les Jaune et Violet. De Pat Riley à Kobe Bryant en passant par Shaquille O’Neal et Phil Jackson, l’Amérique a toujours haï le "winning Laker" entouré de stars d’Hollywood. Le sentiment des fans de basket à l’égard du Celtic est plus complexe.

Car au départ, il a à voir avec la ville de Boston elle-même. Bourgeoise, intello, voire austère, la capitale de l’Etat du Massachussetts traîne depuis des décennies une réputation qui la dessert. Plus embêtant, on la dit même raciste. Un comble pour le berceau de la nation et des idées américaines... En 1989, c’est là que s’est déroulée la médiatique "affaire Charles Stuart", une sombre histoire d’assassinat dans laquelle un homme blanc avait essayé de faire porter le chapeau de son propre forfait à un agresseur noir inventé de toutes pièces. A l’époque, le retentissement du fait divers avait été tel qu’il avait divisé la ville et accru les tensions entre les communautés.

Aux yeux de l’Amérique et des Noirs en particulier, tout ceci n’était finalement qu’une confirmation de l’image carrément médiocre qu’ils se faisaient de cette ville dominée par les Wasps. Dans les années 80 déjà, les Afro-Américains regardaient avec distance et contrariété la bande de blancs-becs qui se payait le luxe de dominer la Ligue. Les Larry Bird, Kevin McHale et autres Danny Ainge, ils les détestaient. Quant aux Celtics, ils étaient considérés de manière générale comme une équipe de Blancs et, à ce titre, haïssables. Jemele Hill le reconnaît d’ailleurs bien volontiers : dans une ville à 80 % afro-américaine comme Detroit, avouer ne serait-ce qu’un petit penchant pour les Celtics signifiait s’exposer aux pires représailles.


Bien sûr, la haine du Bostonien n’est pas qu’une affaire de "races". A l’époque de Bird, ce sentiment se nourrissait également de l’image que renvoyaient les fans et les joueurs de la franchise. Des premiers, on disait qu’ils étaient non seulement racistes, mais aussi bruyants, mal polis et très portés sur l’alcool. Des seconds, on dénonçait l’arrogance et le sens de la provoc. Sur les parquets, il faut dire que l’attitude des "petits" hommes verts avait largement de quoi faire disjoncter. Dennis Rodman et les Pistons n’ont certainement pas oublié la finale de conférence de 1987, lors de laquelle Danny Ainge, provocateur de génie, s’était lancé dans un numéro de danse humiliant pour célébrer la victoire des siens (à partir de 2'50 sur cette vidéo), entraînant dans son sillage ses coéquipiers, puis enfin tout le public. Les Américains de plus de quarante ans doivent quant à eux très bien se souvenir du coach Auerbach et de son éternel cigare, ainsi que du trash-talking légendaire de la Green Team emmenée par Larry Bird, qu’ils ont tant abhorré dans leur jeunesse.

Alors évidemment, comme pour les Lakers, il y a nécessairement dans tout ça une part de ce qu’on appelle la haine du vainqueur. La preuve : lorsque les Celtics ont traversé une période de disette, entre la fin des années 80 et la fin des années 2000, leur image détestable s’en est trouvée quelque peu estompée. Elle était là en filigrane, mais la spirale de mauvais résultats dans laquelle les Celtics étaient embringués avait au moins pour effet de rendre la franchise moins exposée, donc moins détestable. Antoine Walker, tête à claques notoire, avait beau se démener, son aura était loin d’égaler celle d’un Ainge ou d’un Bird. En aurait-il été autrement s’il avait mené la franchise vers les sommets ? Sans aucun doute.

Il n’y a qu’à voir le déferlement d’insultes sur Internet à l’encontre du Boston de Doc Rivers pour s’en convaincre. En 2007-2008, il aura suffi d’une saison réussie pour que tous les vieux griefs remontent à la surface : le racisme, le manque de savoir-vivre des fans, et même le trop-plein d’arrogance des joueurs. L’époque avait pourtant changé, l’effectif aussi. Mais pas la réputation des Celtics.
En juin 2007, Kevin Garnett n’avait pas encore signé à Boston que les rumeurs allaient bon train. Si l’ailier ne s’était pas encore décidé, c’est qu’il redoutait l’accueil des autochtones, disait-on. A ce moment-là, KG jouait encore le rôle de la victime. Cela n’allait pas durer… Quelques mois plus tard, sous le maillot vert, "The Big Ticket" était devenu l’un des joueurs les plus détestés du pays, comme par magie.

A entendre ses nouveaux détracteurs, Garnett avait changé, pour se muer en horripilant et pleurnichard provocateur. CQFD. La vérité, c’est que la star du Minnesota était devenue un Celtic, et que sa fâcheuse tendance à laisser traîner ses coudes et à insulter ses adversaires en était devenue plus médiatique et plus insupportable.
Et que dire de Paul Pierce ? Lors de ses jeunes années, alors qu’il accumulait les échecs, le public lui pardonnait sa "celticitude" en la qualifiant de "fidélité". Sacré champion, Pierce était devenu arrogant. Tout comme James Posey, Rajon Rondo, Kendrick Perkins ou encore Glen Davis. Maudits Celtics.

Ce soir, à l’heure où l’Amérique devra choisir son camp, difficile de dire qui de Boston ou de Los Angeles obtiendra la majorité des suffrages. Mais une chose est sûre : le vainqueur, quel qu'il soit, devrait voir sa cote de désamour atteindre de nouveaux sommets.

Nicola Basilboli

PS : Sur le site d'ESPN, un sondage permet de savoir quel Etat parie sur quelle équipe à l'occasion de la finale. Intéressant. Pour info, en moyenne, les Américains voient à 54 % les Lakers s'imposer. Les Etats misant sur les Celtics étant concentrés dans le nord-est et le centre du pays. A chacun d'en conclure ce qu'il veut.

18:31 Publié dans basket ricain et autre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : boston celtics, los angeles lakers, nba Partager cet article avec:

Partager cet article sur Facebook  Ajouter dans Technorati  Ajouter dans Delicious  Partagez sur MySpace  Voter pour cet article dans Wikio  Partager sur StumbleUpon  Partager avec Digg  Partager sur Fuzz   partager sur Diigo    Partager via Tiny URL

A la une:

 //Pourquoi on préférait Trezeguet   //L'année 2014 de la lose en sept défaites magnifiques   //Quiz vidéo: Connaissez-vous votre Ronaldinho sur le bout des doigts?   //Quiz: Ibrahimovic, Eto'o ou un dictateur?   //Lettres de supporters de L1 à Carlos Slim   //Lucas, Pauleta, Ronaldinho... Elisez le plus beau presque-but du foot français   //Ballon d’Or 2013: Le jour où le ciel tomba sur Franck Ribéry   //L'année de la lose en sept défaites   //Aidons Jean-Michel Aulas à faire craquer Bafé Gomis   //Petit manuel de #reconversionvraie à l'intention de David Beckham 

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu