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05/05/2010

L'Atletico Madrid, le club préféré des sado-maso

"Les fans de l'Atletico revendiquent la défaite. Le fait de ne jamais gagner prouve qu'ils sont de meilleurs supporters. C'est presque du masochisme, comme s'ils aimaient s'autoflageller dans une procession religieuse."

(Michael Robinson, commentateur de Canal + Espagne)

Ce soir, l'Atletico de Madrid joue sa première finale européenne depuis 1986, face au F.C Fulham anglais, l'ancienne patrie de Steve Marlet et Sylvain Legwinski. Autant dire que les Colchoneros partent favoris, et de loin. Autant dire qu'ils vont se ramasser et encore faire chialer leurs supporters.undefined


L'Atletico Madrid, est un club à part en Espagne : troisième palmarès de la péninsule, avec 9 titres de Liga, il traîne pourtant une réputation de poissard presque mythique, qui le rend si particulier à supporter. Avant sa demi-finale retour face à Liverpool, Juanma Trueba définissait ainsi la relation entre les Rojiblancos et ses aficionados dans le journal AS : "L'Atletico, c'est comme une passion romantique, c'est Humphrey Bogart, c'est Cary Grant, l'histoire d'amour est impossible." Le supporter, tant de fois éconduit, y développe un sens du fatalisme et une culture de l'échec admirables, sorte de repère identitaire qui symbolise l'incroyable fidélité d'une aficion à son équipe, plus belle encore dans ses heures les plus sombres.

Si l'on se réfère à l'histoire de l'Atletico, la première mention de cette malchance congénitale revient à Vicente Claderon, le président du club dans les années 70, après une finale de Coupe d'Europe à rejouer - et perdue, bien entendu - face au Bayern suite à une frappe improbable de 40 mètres des Bavarois à 30 secondes de la fin. Un peu léger pour réclamer le statut de martyr...

En fait, c'est l'année 99-2000 qui marque un vrai tournant dans la perception du club : cette saison-là, trois ans après un doublé Liga-Copa del Rey inattendu, l'Atletico présente, de mémoire de socio, son plus bel effectif contemporain, avec Valeron, Solari, Hasselbaink, Baraja, entre autres, ce qui ne l'empêche pas de descendre en 2e division, un affront que le club n'avait pas connu depuis les années 30. L'Atletico paie les excès de son président philantrope, Jésus Gil, le maire de Marbella qui, en plus de faire se sa ville un refuge pour criminels mafieux de l'est de l'Europe en mal de débouchés pour blanchir leur argent sale, n'a pas hésité à piquer dans les caisses de la mairie, histoire de rentabiliser un peu son investissement footbalistique.

Si le scandale manque de couler définitivement le deuxième club de la capitale, il permet de lancer le mythe pour de bon. La campagne de réabonnement pour l'année 2001 est entrée dans la mémoire collective. On y voit un jeune homme et son père pensifs dans leur voiture, lorsque le petit demande : "Papa, por que somos del Atletic ?" (Papa, pourquoi on supporte l'Atletico ?). Le père, incapable de trouver la réponse, garde le silence. Ils seront plus de 40 000 à prendre leur carte pour suivre leur équipe en D2.

Depuis, l'Atletico est remonté, il s'est refait une virginité et même une certaine réputation sportive. Pourtant, il se complaît encore dans cette image de loser devant l'éternel, capable d'être la seule équipe à battre le Barça en championnat et d'être aussi la seule à perdre à la maison contre Xerez, le dernier de la classe. Mais c'est surtout la rivalité vis-à-vis du Real qui fait remonter à la surface cette impression de victimisme. En 1924, celui qu'on appelait "le magicien", un joueur nommé Karag, disait déjà : "L'Atletico est une équipe qui perd quand elle ne joue pas bien mais qui perd aussi, la plupart du temps, quand elle joue mieux. Le Real Madrid est tout le contraire. Il gagne quand il joue bien mais aussi, très souvent, quand il joue moins bien."

Depuis 2000, 60 équipes ont réussi à battre le Real et ses galactiques successifs. L'Atletico, lui, n'y est pas arrivé une seule fois. Et plus fort encore, ses supporters ont réussi à en tirer une supériorité morale quasi indécente. "Atletico hasta la muerte, Madrid hasta la primera derrota" (L'Atletico pour la vie, le Real jusqu'à la prochaine défaite), aiment répéter les fans colchoneros, fiers de se considérer comme les seuls supporters authentiques de la capitale espagnole, peu importe le résultat. Même son président, Enrique Cerezo, participe au fatalisme collectif, lui qui déclarait il y a peu que le Real partait chaque année avec 9 points de plus que le Barça, "les 3 points que l'on prendra face au Barça à la maison, plus les 6 que prendra le Real sur nos deux confrontations directes".

Ce soir, une victoire face à un rival à la portée de l'Atletico serait donc presque trop facile, alors qu'une défaite imméritée, conjuguée à match honteux la semaine prochaine en finale de la Coupe du Roi, serait l'occasion d'éprouver une fois de plus ce sentiment de souffrance unique qui nous fait tant aimer ce petit frère raté du Real. "Papa, pourquoi on supporte l'Atletico?" Pour être si près du bonheur sans jamais l'atteindre, mon fils"...

Julien Laloye

15:55 Publié dans Futibol | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : atletico madrid, espagne, liga, sado-maso Partager cet article avec:

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