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04/05/2010

L’Inter de Mourinho, un "ugly winner" de toute beauté

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"Je n'ai jamais vu une équipe défendre autant que l'Inter."

(Yaya Touré, après la demi-finale retour de la Ligue des champions)

Mercredi dernier, le bureau milanais de Zone mixte a poussé un grand cri de joie. De soulagement, même. Deux ans que ces enfants de Giacinto Facchetti et Paolo Maldini supportaient le culte du "beau jeu". Deux ans que le monde du ballon rond ne jurait plus que par la Roja et le Grand Barça, reléguant la prudence tactique et l’option défensive au rang de vestiges antiques d’un football dépassé. Alors quand l’Inter de Mourinho a ressorti le catenaccio des cartons, avec la réussite que l’on sait, nos fins stratèges n’ont pu réprimer un petit sourire en coin…


Au Camp Nou, les Nerazzurri ont brillé dans le jeu sans ballon. Il suffit de jeter un œil aux statistiques du match pour s’en convaincre : face à Messi and co, les Intéristes ont eu le ballon durant 14 % du temps seulement, et n’ont réussi que 67 passes, quand les Blaugrana en ont délivré 555 ! C’est dire le sens du sacrifice qu’il a fallu aux hommes de Mourinho pour résister… Certains appelleront ça de l'anti-football, d'autres se désoleront de voir le dispositif ultra-défensif du "Special One" bouter le jeu chatoyant du Barça hors d'Europe. Nous voyons la chose autrement : pourquoi ne rangerions-nous pas plutôt la performance des Milanais – à dix contre onze durant 60 minutes, faut-il le rappeler ? – dans la catégorie des chefs-d’œuvre tactiques de ces dernières années, un cran au-dessus de la partition livrée sur la même pelouse l'an dernier par Chelsea ?

Mercredi dernier, après l’expulsion de Thiago Motta, le génie situationnel de l’équipe mise en place par Mourinho a sauté aux yeux. Réduite à dix, celle-ci est immédiatement passée en 4-5-0, Samuel Eto'o et Diego Milito jouant alors le rôle de milieux défensifs/latéraux de fortune, respectivement à gauche et à droite, Wesley Sneijder se positionnant pour sa part en vigie avancée au sein de la zone de construction adverse, afin de gêner la première relance, à l'image d'un Jackson Richardson au handball.

Pour le reste, l'Inter s'en est tenu au plan initial, soit deux lignes de quatre jamais plus espacées d'une quinzaine de mètres, déclenchant leur pressing à trente mètres du but de Julio César, pas plus loin. Avec dix joueurs derrière le ballon en permanence, les Milanais ont ainsi pu se permettre de totalement se désintéresser de la possession du cuir pour mieux contrôler l'espace. Autre conséquence, avec un bloc-équipe positionné aussi bas, les défenseurs italiens n'ont pas laissé le moindre centimètre derrière eux pour les diagonales habituellement distillées par Xavi dans l'espace. Enfin, l'Inter a su neutraliser la meilleure arme catalane en empêchant Messi de prendre de la vitesse sur ses prises de balle. Déstabilisé, le Barça, qui ne possède pas la frappe de loin dans son génotype, n'a disposé que d'une infime quantité d'occasions pour renverser la situation... Echec et mat.

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Finalement, comment ne pas y voir un juste retour des choses ? Après deux ans d’hégémonie espagnole, certains semblaient presque l’avoir oublié : un titre se gagne d’abord en défense. Pourquoi ? Tout simplement parce que comme l’a dit Guardiola, pourtant pas franchement adepte du catenaccio, "parfois, il est beaucoup plus difficile d'attaquer que de défendre". Dans les années 90, Arrigo Sacchi en avait fait la preuve. Lorsqu’il était entraîneur du grand Milan AC, Il Martello avait voulu démontrer lors d’un entraînement qu’une défense de cinq joueurs parfaitement organisée pouvait mettre en échec une attaque composée, elle, de dix membres, mais dénuée de fil conducteur. Son back five Galli, Tassotti, Costacurta, Baresi et Maldini avait alors affronté durant 15 minutes les dix meilleurs attaquants/créateurs du club Gullit, Van Basten, Rijkaard, entre autres. Pour un résultat final… de 0-0.

Pour autant, soyons clairs : loin de nous l’idée que le football se joue à onze derrière. Ce serait de toute façon une vision bien réductrice du catenaccio. Quand on évoquait le sujet avec Helenio Herrera, considéré aujourd’hui encore comme le théoricien du bétonnage, celui-ci ne manquait d’ailleurs pas de répliquer que son équipe, l’Inter des années 60, était surtout un modèle dans l’attaque placée et l’utilisation des couloirs. De la même manière, l’Inter de Mourinho ne saurait être considéré comme un parent proche de l’Italie des années 50, ou encore de la Grèce d’Otto Rehhagel, championne d’Europe en 2004. Car, à la différence de la Squadra Azzura, dont la tactique ultra-défensive était dictée par la pénurie de joueurs créatifs, ou des Grecs, trop pauvres en qualité pour pouvoir jouer autrement, l’effectif intériste dispose d’une vraie richesse offensive, que la prudence tactique et la relative rareté des occasions ne font que magnifier (cf. le match aller face au Barça ou la double confrontation contre Chelsea).

Dans son arbre généalogique, l’Inter du Mou’ serait ainsi plus proche du Chelsea de Guus Hiddink, celui-là même qui avait réussi, pendant 180 minutes la saison dernière, à faire déjouer le grand Barça. Ce que ces deux-là ont pris au catenaccio, c’est l’idée qu’une équipe doit avoir conscience de ses limites et savoir s’adapter à l’adversaire et aux circonstances de jeu. Ce qu’elles en ont retenu, c’est aussi que la défense n’est pas le problème des seuls défenseurs, mais l’affaire des onze joueurs présents sur la pelouse. En témoignent les prestations de Drogba la saison dernière, et celle d’Eto’o cette année.

Bref, inutile de préciser que l’on attend avec impatience la finale du 22 mai prochain. Face à un autre tacticien professionnel, Louis Van Gaal, la création de José Mourinho devrait une nouvelle fois valoir le coup d’œil. Et tant pis pour les amoureux du "beau jeu". En football comme en peinture, la laideur peut parfois virer au sublime.

Julien Laloye et Nicola Basilboli

16:05 Publié dans Futibol | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : inter milan, josé mourinho, ugly winner, defense, style Partager cet article avec:

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