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02/03/2010

Domenech, mais pourquoi était-il si méchant?

Parce que..."le foot, c’est la guerre !".

(Raymond Domenech, Orangina rouge)

Nous sommes au printemps 1973. La guerre du Kippour n’a pas commencé, Pinochet n'est pas encore président et Jacques Mesrine va bientôt se faire la malle du palais de justice de Compiègne. Ray, lui, porte déjà la moustache... A l’issue d’un quart de finale de Coupe de France sanguinaire contre l’OM, il dégoupillera à découvert: "Pour moi, le foot, c’est la guerre". Le soldat Raymond a la trogne en sang après un bourre-pif de Skoblar qui voit carton rouge direct. La foudre Domenech a fait péter les plombs yougoslaves. Raymond a comme souvent gagné la bataille des nerfs, son équipe raflant derrière la mise. Le sens du sacrifice, version GI Ray.


Alors que la France affronte mercredi soir l’Espagne, Raymond la bidasse devenu le colonel d’un bataillon en perdition va devoir reprendre du service. Depuis de longs mois, un bon régiment du football tricolore est parti en guerilla contre lui, les snipers Liza et Duga en tête de mutinerie. Une guerre de position où chacun campe dans sa tranchée. S’il préfère le champ d'honneur au peloton d’exécution, Raymond va devoir batailler sévère. Comme d’antan.

En dépouillant les archives, on a marqué une pause sur la carrière du joueur. A ce moment-là, on a rangé les couteaux et éloigné les enfants. Car forcément, on ne pouvait exhumer sous la candeur de leurs yeux le mythe de "Raymond le boucher". Pour ne rien vous cacher, à la rédaction ça pue encore la peur, ça chlingue la trouille et les slips qui fouettent la pisse…

S’il y a une chose que l’on ne peut pas dire de Capt'ain Raymond, c’est qu’il entrait sur la pelouse la fleur au fusil. Le deux coups suffisait. "Sur le premier contact, Raymond envoyait généralement promener son adversaire sur la piste d’athlétisme balance Bernard Lacombe. Il y allait gaiement et Jeannot Baeza en rajoutait: "Oh Raymond, aujourd’hui t’es vraiment pas bien, t’es obligé de taper deux fois !" " Sa philosophie de jeu ? Si vis victoria, para bellum. N’en déplaise à ces iconoclastes de hippies. Pour Ray, l’herbe a une autre odeur, moins pacifique, plus âpre. Les pâquerettes, lui préfère les charcuter qu’en faire des bouquets.

Malédiction des jardiniers, le joueur de l’OL est surtout aux débuts des années 70, la terreur des attaquants. Les points, il les compte en suture. Personne n’a oublié son regard noir et ténébreux, ses sourcils massifs, sa choucroute et sa moustache empruntée à l’ennemi public n°1. A son sourire provocateur d’aujourd’hui répond par symétrie sa gueule de repris de justice d’autrefois. Oui, Domenech a appris à sourire. Autant dire que sa vignette Panini a fait cauchemarder plus d’une génération de gones. Excepté Florent Laville qui fera une brillante carrière de charcutier au pays de la rosette millimétrée. Bref, un rôle de bad boys, de gangster des terrains. Une étiquette de méchant qui lui colle à la peau comme ses Copa mundial traquent les mollets de ses adversaires…

"Raymond l’Assassin", une marque de fabrique déposée un 12 août 1970. Il a 18 ans, la moustache en dedans. C’est son premier match en D1. L’OGC Nice reçoit, stade du Ray, ça ne s'invente pas. Une enceinte au nom prédestiné pour une boucherie. Dans les rangs azuréens, Helmut Metzler, un talentueux meneur de jeu autrichien (si si) qui balle au pied fait la nique à Domenech. La perle de Hohenems plante un but. Le dernier de sa saison. On retrouvera l'Aiglon quelques minutes plus tard les ailes broyées et la jambe en vrac, hurlant de douleur. Carrière au cimetière.

On pointe immédiatement du doigt le jeune défenseur lyonnais. La légende commence. A l’époque, il n’y a pas de ralenti. On apprendra plus tard que Domenech n’a rien à voir dans la scène du crime. C’est son collègue Jean Baeza, un autre poète lyonnais (voir plus haut), qui a commis l’agression. Après le match, la zone mixte est transformée en plateau de "Faites entrer l’accusé " Sur le banc de la défense, le latéral droit ne lâchera rien, assumera le costume d’ "assassin" et de "boucher" que la presse du lendemain lui fera enfiler. Vingt-trois ans plus tard, ce gaucher, gauchiste assumé, dira dans une interview à Libé: "Je débutais, personne ne me connaissait et déjà on parlait de moi. J'ai décidé de jouer le rôle". Domenech, homme de théâtre déjà.

Alors Ray, un imposteur, une petite frappe ? Peut-être. Mais un Bébel de la provoc', un as de de la menace. Dans une autre interview, à France-Soir, en 1979, il balancera : "J'aime que l'on me traite d'assassin". Mais par essence tout mythe a sa part d'ombre. Surtout les plus noirs. Teigne et agitateur de scandales, Ray le boucher est et demeurera un "assassin sans cadavre", pour reprendre l'expression de Didier Godard dans sa diatribe sur l'homme qui se complait dans la détestation. Non, Domenech n'a jamais blessé personne. Pas faute d'avoir essayé. A Lyon, à Strasbourg, à Paris ou encore à Bordeaux, il continuera de prendre ses adversaires pour de vulgaires paillassons. Mais jamais, le boucher ne pendra ses victimes à des crocs...

En 1984, c'est la quille. Il devient joueur-entraîneur de Mulhouse, puis entraîneur tout court. Avant d'enterrer la hache de guerre, avec il se coupe la moustache. La trêve est déclarée, le boucher, blanchi, a mis la clef sous la porte. En 2008, Il ira même jusqu'à dire aux journalistes avant France-Serbie : "Ah oui, c'est vrai, l'odeur de sang vous intéresse". Le monde à l'envers. La légende dit qu'en recroisant Skoblar, il lui a serré la pogne lavée de tout forfait. Depuis d'autres disciples ont pris la relève de l'apôtre Domenech. Mais c'est plus pareil. Alors, avant la Coupe du monde, on s'est pris à rêver de voir Raymond rouvrir son petit commerce, jeter son rasoir et se faire pousser la moustache. Parce qu'après tout, "une bonne guerre et ça repart".


Arnaud Bertrand

13:29 Publié dans Futibol | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : domenech, lyon, boucher, 1973 Partager cet article avec:

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